Métier de Bookeur
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Enfer Fashion : Le livre choc sur le métier de bookeur (2/4)

Nous poursuivons notre plongée dans l’univers méconnu des agences de mannequins grâce au livre “Enfer Fashion”. La semaine dernière nous avons vu en quoi consistais le rôle du bookeur, les différentes catégories de bookeurs ainsi que certains aspects qui en font un métier pas si simple. (Accès à l’article)

Cette semaine nous allons voir ensemble les évolutions du métier de bookeur, et les pratiques parfois surprenantes auxquelles s’adonnent les bookeurs et agences de mannequins. Nous verrons aussi le rôle essentiel des scouts et agences mères. 

 

Les évolutions du métier de bookeur

 

La nostalgie d’une autre époque 

 

Une ancienne bookeuse témoigne des changements importants de la profession. 

Ayant arrêté de travailler dix ans auparavant, cela équivaut dans la mode à un demi-siècle. Tout a changé. Son ancienne agence n’existe plus. 

Elle se rappelle les temps où les mannequins devaient appeler leur agence 3 fois par jour depuis les cabines téléphoniques qu’on trouvait un peu partout dans Paris. 

Elle se souvient des top models de l’époque :

“Elles démarraient tard, à leur majorité, et pouvaient résister jusqu’à vingt-six, vingt-sept ans.” 

Les fashions weeks se passaient dans le calme et il n’y avait pas heures sup pour les bookeurs. Tout était réglé en temps et en heure. 

“Quand les marchés européens se sont ouverts et que les télécommunications ont rendu possibles des liens directs entre les pays, une concurrence féroce est venue envenimer l’ultralibéralisme du secteur, avec des filles partout, des agences partout, des bookeurs partout (…) En l’espace de quelques mois, les filles ont perdu en kilos, en tour de poitrine et en pouvoir d’achat”. 

Dans les années 90, il y avait des dérives avec la cocaïne et l’héroïne. La France décide alors d’encadrer les choses avec la loi mannequin en 1990 qui impose que pour ouvrir une agence, il fallait être titulaire d’une licence délivrée par le ministère du Travail et posséder un casier judiciaire vierge. 

À présent, le métier à bien changer et tous les coups semblent permis. 

 

 

Désormais tous les coups sont permis 

 

À présent non seulement le rythme de travail durant la fashion week est épuisant, mais tous les coups semblent permis avec les clients, les mannequins et les autres personnes travaillant avec l’agence. 

 

La relation client – bookeur 

 

“J’ai vu mentir, taire une poussée d’acné impromptue sur les joues d’une fille afin qu’elle soit confirmée sur un shooting duquel elle fut évidemment renvoyée “pour cause de boutons”, faire l’éloge de la silhouette élancée d’une fille atteinte de gigantisme, assurer qu’on avait entre les mains “la prochaine Naomi”, “la nouvelle Noémie”, “la dernière Claudia”. 

 

En guise de formation on lui explique que :

“Toute histoire était bonne à raconter tant qu’il était question de raréfaction. Maîtriser l’art de mettre l’eau à la bouche, promettre sans rien donner, jouer sur la frustration étaient les atouts nécessaires pour espérer qu’un mannequin arrive à signer d’un trait incertain un vrai contrat. Comme dans les contes de Grimm, les filles qu’on vendait devaient être systématiquement déjà promises à quelqu’un d’autre. Un autre client, un autre continent, une autre carrière. Il fallait suggérer, tout en finesse, qu’un spécimen allait devenir la nouvelle égérie d’un designer connu, mais qu’on pouvait prendre le risque de l’envoyer “pour appréciation”. 

Les clients n’écoutent pas, il n’existe pas de relation de confiance entre les agences et les clients. 

Le rôle du bookeur est aussi d’occuper les mannequins à tout prix afin que ces dernières restent dans l’agence. 

 

 

Avec les mannequins 

 

“En temps normal, c’est-à-dire en période pré- ou postdéfilés, le bookeur devait occuper les mannequins, servant d’entremetteur entre eux et les clients potentiels, dans l’espoir de leur trouver du travail. En gros, ces rendez-vous se nommaient “castings” quand il existait une place à prendre sur un projet précis et go and see (vas-y, regarde) quand on forçait la main à un interlocuteur récalcitrant qui aurait préféré se curer le nez plutôt que de recevoir une brochette de flamants roses qui lui étaient parfaitement inutiles sur le court terme.” 

Ces rendez-vous Go and See sont de plus en plus fréquents pour les mannequins et il est vrai que ces derniers n’aboutissent jamais. C’est donc une perte de temps totale pour tout le monde et un gros mensonge de l’agence envers les mannequins. 

“Les mannequins étaient ravis de rencontrer les gens dont ils avaient tant entendu parler, mais ces rendez-vous n’étaient que des simulacres, l’illusion d’un travail qui allait peut-être arriver le moment venu. Sur le plan logistique, castings et go and see permettaient juste de remplir le planning avec des périples souvent infructueux, mais nécessaire pour espacer les questions des mannequins sur leur avenir professionnel (…). Un mannequin doté de temps libre était un mannequin qui angoissait.” 

 

 

Les autres personnes qui travaillent avec les bookeurs 

 

 

Les scouts et les bookeurs

 

Les scouts travaillent main dans la main avec les bookeurs. Ce sont eux qui permettent de ramener de la chair fraîche un peu comme si on faisait son marché. 

Les pays de l’Est et le Brésil sont des lieux de choix pour trouver des filles qui correspondent aux critères du marché de la mode. 

“Un calepin à la main, il prit les commandes. Alpha voulait des blondes aux cheveux longs, Françoise penchait pour des filles minces et déjà entraînées à marcher sur des talons, pour “éviter de leur apprendre les bases, on n’aura pas le temps. Tu fais gaffe aux boutons aussi. Hors de question de me filer un autre drame hormonal. J’ai besoin d’une ou deux Chinoises, tant que tu y es.”

Par moment on en oublie qu’on parle d’êtres humains ayant une histoire, une personnalité et des qualités autres que leur seul physique.

“Le seul véritable défi est de faire son marché avant tout le monde pour décrocher la meilleure sélection, des filles fraîches, cueillies avant les dégâts des refus et des déceptions de l’âge adulte”. 

 

 

Les agences mères 

 

Les agences mères perçoivent 10% de tous les contrats de leurs mannequins lorsqu’elles sont à l’étranger. Il est donc important pour elles que tout se passe bien avec “leurs filles”. 

Les jeunes mannequins ne sont pas toujours simples à gérer et les bookeurs ne souhaitent pas jouer les Baby-sitters. 

“La menace qu’il fallait agiter sous le nez des mannequins au fort potentiel insurrectionnel pour les mener à la baguette en cas de problème, c’était l’appel aux agences mères.” 

“Il était plus facile de se débarrasser d’une fille surtout lorsqu’elle ne rapportait pas grand-chose, que d’essayer de la remettre dans le droit chemin.” 

Filles étrangères une fois arrivées à Paris sont mesurées minutieusement. En cas d’écart de mesure, on passe un savon à l’agence mère de la fille. 

“Sur l’étagère d’une armoire vide se cachait le mètre ruban. Seul instrument capable de confirmer ou d’annuler la participation aux castings”. 

Si la Fashion Week a lieu dans le monde entier, seules 4 villes comptent : NYC, Londres, Milan et Paris. Si une fille est repérée à NYC (première étape du marathon), elle enchaîne toutes les autres villes. 

“C’est dans quatre villes seulement que cela se passe. Les autres destinations ne sont que des menaces qu’on agite sous le nez d’un mannequin qui a pris du poids”. 

 

 

Conclusion 

Le métier de bookeur a donc bien évolué et est devenu plus stressant et épuisant. Selon Benedetta le mensonge est omniprésent pour faire affaire et gérer les mannequins sur le court terme. Mais personne n’est dupe et  rares sont les clients ou les mannequins  qui croient aveuglément les paroles des bookeurs. Après bien entendu tout dépend du bookeur et de l’agence, certains affichent plus confiance que d’autres. 😉 

La semaine prochaine, nous verrons tout ce qui constitue le quotidien d’une vie de mannequin. A travers le regard de Benedetta. Il sera donc intéressant de voir comment les bookeurs perçoivent les mannequins et leur carrière.  

 

 

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