Métier de Bookeur
Livres

Enfer Fashion : Le livre choc sur le métier de Bookeur (3/4)

Notre voyage au sein de l’univers mystérieux des agences de mannequins se poursuit grâce au livre Enfer Fashion de Benedetta Blancato l’un des très rares témoignages de bookeur. 

Les deux semaines précédentes, nous avons vu le quotidien des bookeurs ainsi que l’évolution du métier et les pratiques parfois surprenantes qui en découlent. 

Cette semaine, nous allons nous intéresser aux mannequins vus à travers les yeux d’un bookeur en agence de mode. Nous verrons les critères et le quotidien des mannequins.

 

 

Les mannequins selon Benedetta : critères et quotidien 

 

Les critères pour devenir mannequin 

 

Benedetta explique les critères que doivent remplir les mannequins pour intégrer l’agence pour laquelle elle travaillait étaient les suivants : 

Avoir entre 16 et 22 ans, mesurer entre 1m75 et 1m81 et faire moins de 90 centimètres de tour de hanches. 

Elle raconte le cas rarissime d’une mannequin qui arrive à intégrer l’agence à 24 ans. Bien entendu, son bookeur lui demande de mentir sur son âge. 

D’autre part, Benedetta concède que les mensurations figurant sur les cartes de visite des mannequins (composites) ne sont pas toujours réelles.

“On retirait un centimètre sur les hanches, on en rajoutait un sur la colonne vertébrale, des petits mensonges qui rassuraient tout le monde avant de se transformer en drames au moment des essayages.” 

Sur les murs de l’agence sont affichés tous les composites des mannequins. 

“En enfilade de haut en bas et de droite à gauche sur plusieurs étagères parallèles, cent cinquante-six mannequins âgées de 16 à 35 ans étaient rangées dans un ordre précis selon leur rentabilité, leur employabilité ou le destin qu’on s’imaginait pour eux.”

Benedetta explique que tout mannequin qui intègre une agence est mis par son bookeur dans la catégorie “New Face”. Ceci afin de donner le temps à l’agence de la mettre soit dans la catégorie commerciale “main board” ou dans la catégorie “image”. 

“Tout comme pour les bookeurs, sauf cas exceptionnels, les filles à fric qui remplissaient généreusement les caisses de l’agence avec des petits contrats réguliers et rentables jouissaient d’une réputation moindre par rapport à des filles à dettes dont la carrière devait servir avant tout à redorer la réputation de l’agence et à attirer des clients au portefeuille fourni.”

 

 

 

Le quotidien vu par un bookeur

 

Les tests photo 

 

Le book d’un mannequin est en perpétuelle évolution et doit être renouvelé constamment. 

Les “tests photos” sont des shootings destinés à créer ou élargir le book des mannequins. 

Un “test” coûte 150 euros et les mannequins doivent rembourser cette somme grâce à leurs contrats. 

Cependant bien qu’elles remboursent le test, c’est l’agence qui récupère les clichés et le bookeur qui décide des photos à utiliser ou non. 

Une fois qu’un mannequin dispose d’un book selon les critères de l’agence. Il est temps de participer aux castings. 

 

 

Les castings

 

Castings les filles sont appelées un peu comme du bétail “NEEEXXT”, une fois devant le directeur de casting, elles présentent leur book feuilleté à la vitesse éclaire pendant qu’on leur demande leur âge, leur pays d’origine et depuis quand elles sont mannequin. 

Il arrive souvent que des directeurs de castings “ratent” une fille bien et ce ne sont pas les seuls. 

“La plupart des bookeurs affirment sans gêne ne pas avoir accepté de représenter une fille qui était devenue, quelques semaines plus tard, une superstar.” 

Benedetta cite le cas des tops Mariacarla Boscono et Daria Werbowy. 

Si une fille plaît lors d’un casting, on va appeler l’agence pour la mettre “en option”. 

”Mettre une fille en option” était pour le client une autre façon de dire je me laisse le droit de décider à la dernière minute si je vais finir par la confirmer.” 

Il arrive parfois qu’après avoir attendu des heures avant de faire un fitting une fille soit confirmée puis, annulée et puis qu’en plein milieu de la nuit on lui demande de retourner voir le client, car il n’est plus sur s’il la veut ou non…

Le pouvoir des directeurs de castings ses résume ainsi : 

“Je suis responsable du choix vis-à-vis de mon client. Si je lui ramène une fille connue, cela va lui plaire, mais pas autant qu’une nouvelle fille qu’il aura l’impression de lancer lui-même. La plupart des filles que je choisis n’ont même pas un vrai book, juste deux photos volantes qu’elles trimbalent dans leur sac, c’est la nouveauté qui excite tout le monde. La virginité a plus de valeur dans la mode, en ce moment précis, qu’elle n’en a jamais eu dans aucune religion connue”. 

 

 

Qui choisit les filles d’un défilé? 

 

Les directeurs de castings choisissent les filles, les créateurs eux n’ont en général pas le temps de le faire. 

“Rares sont encore les créateurs qui s’occupent directement des castings. La plupart du temps, ils interviennent pour donner leur aval à un choix qui a déjà été fait, pour changer l’ogre de sortie des filles sur le podium ou pour poser des questions sur l’un ou l’autre spécimen. Le rythme imposé par les collections ne leur permet pas d’être sur tous les fronts. Ils doivent déléguer ou s’attendre à s’effondrer, comme l’a confirmé John Galliano en juin 2015 à la presse : “Je suis content d’avoir été licencié par Dior. Si cela n’était pas arrivé, je serai probablement mort aujourd’hui, personne ne peut tenir ce rythme”.

“Une bonne cabine avec des bonnes filles, peut changer la perception de la marque à jamais, amis aussi permettre à une agence de se faire un nom ou de confirmer sa réputation”.

“Les directeurs de castings jouent ainsi un rôle essentiel dans la réussite d’une ligne de vêtements qui ne brille pas par son originalité, ou quand il est question de redorer le blason d’une maison fatiguée, mise à l’écart par la communauté internationale de la mode, leur permettant d’avoir à disposition des spécimens de premier plan qui attesteront l’importance de la marque aux yeux des spécialistes du secteur.”

Pour les marques moins importantes qui figurent entre deux gros défilés du calendrier officiel, il y a deux options : anticiper (réserver sa cabine 2 semaines à l’avance) et payer une somme plus intéressante ou engager un directeur de casting auquel les agences ne peuvent pas dire non. 

“Tout n’est que relations, relations, relations. Et un peu d’argent.”

 

 

Le poids des mannequins

 

En 3 avril 2014, l’Assemblée Nationale adopte l’amendement Véran pour éviter que les agences emploient des mannequins trop maigres. 

Contrairement à des pays comme l’Espagne où il est impossible d’employer des mannequins avec un IMC inférieur à 18. La loi française, suite à la pression du syndicat des agences de mannequins, a finalement décidé qu’il reviendrait aux médecins de contrôler “que les conditions de travail du mannequin ne mettent pas en danger son état de santé et sa croissance”. 

Benedetta souligne à juste titre que ce sont les clients (maisons de couture, photographes, magazines) qui font la loi. Un bookeur doit s’adapter à la demande des clients. 

“Et si prendre du poids était un crime, ne pas pouvoir travailler restait l’unique châtiment”. 

L’agence ne proposait aucun casting aux filles qui étaient “trop grosses” pour se présenter devant les clients. Le bookeur va les mettre “off” le temps qu’elles perdent du poids. 

“Les mannequins savent que pour défiler et accéder à la plupart des gros contrats, elles doivent être très minces. Elles n’ont pas besoin que quelqu’un le leur dise. Je n’imagine rien de plus humiliant que de ne pas réussir à se glisser dans une robe sous les yeux dégoûtés d’une poignée de gens qui ont arrêté depuis un bon moment de prendre des pincettes avant de l’ouvrir.”

 

 

Le show pack

 

Durant la Fashion Week les clients reçoivent un « show pack« . La fameuse sélection des mannequins que l’agence propose à tous ses clients pour les défilés (shows). Bien entendu, les mannequins rêvent toutes de faire partie du show pack car cela multiplie grandement leurs chances de faire de nombreux défilés durant la Fashion Week.

“On avait sélectionné 24 filles qui recouvraient le spectre des caractéristiques que toute offre équilibrée se devait d’avoir : 3 superstars, deux projets spéciaux (une ronde, une vieille) et dix new faces à prédominance polonaise. Le quota restant était entièrement occupé par l’escadron des mannequins moyens, ni top ni inconnues, dont on n’attendait rien de plus que quelques défilés ou présentations pour rentrer dans les frais d’hébergement.” 

Une version digitale de la doc est envoyée à models.com, un site qui publie et met à jour quotidiennement des mannequins aux quatre coins de la planète. 

 

Révélations d’un bookeur sur les abus

 

Selon Benedetta beaucoup d’agences étaient en difficultés financières. En effet, les gros contrats beauté vont désormais aux chanteuses, actrices, égéries qui n’ont rien à voir avec le mannequinat. 

Ce qui explique l’ouverture de départements “célébrité” dans toutes les grandes agences. 

Les agences investissent beaucoup sur les nouvelles filles sans être certaines qu’elles auront un retour sur investissement. D’où de très faibles marges. 

Benedetta évoque les abus des agences envers les mannequins. Certains contrats de droits à l’image signés initialement pour 4 ans  sont parfois renouvelés par le client. Ce qui représente de grosses sommes d’argent. Or l’agence se garde souvent bien d’informer les filles de la reconduction des droits. Et donc de les payer. 

“Cela représente des sommes importantes, pour ne pas dire colossales, que des agences, peu regardantes empochent régulièrement sans verser un centime aux mannequins”. 

Les plus grandes agences telles que Elite, Women, Ford, Next, IMG, Marylin, DNA… ont déjà été accusées de telles pratiques par le passé. Et d’après Benedetta malgré certains procès intentés par plusieurs mannequins, les choses n’ont pas vraiment changé. 

Les mannequins françaises sont plus au courant de leurs droits. Les agences préfèrent souvent employer des filles issues de pays plus pauvres. 

 

 

Les « bonnes filles » et les mannequins commerciaux

 

Il y a deux carrières les mannequins images (aussi appelé les “bonnes filles”) et les mannequins commerciaux. 

Les critères pour défiler sont si particuliers que peu de filles arrivent à les remplir. Néanmoins, les filles qui ne défilent pas peuvent très bien gagner leur vie. Même si cela implique une carrière beaucoup moins prestigieuse. 

Benedetta évoque les différents jobs pour les filles qui ne défilent pas. Il y a par exemple les showrooms, les essayages, les shootings et elle précise que …. 

“Aucun créateur n’aurait jamais choisi un de ces mannequins showroom pour son défilé. Par un snobisme extrême qui les faisaient déprécier les filles qu’eux-mêmes avaient choisies.”

Participer à un showroom est donc beaucoup moins prestigieux que de défiler. Mais cela peut rapporter gros : Benedetta parle de 1000 euros par jour pour les mannequins les plus chanceuses. Ce qui ne vaut que pour une poignée de mannequins. 

Les essayages peuvent aussi être très intéressants financièrement. Benedetta parle de 1300 euros par jour pour une journée de fittings en maison de couture. Pour ma part, je ne connais personne qui gagne autant en essayages donc ce montant reste extrêmement rare. 

Les mannequins dits “commerciaux” peuvent aussi travailler pour le catalogue d’une marque qu’ils méprisent. Mais cela peut leur rapporter jusqu’à 2000 euros la journée sans compter les droits pour l’utilisation de leur image. A contrario, une parution dans Vogue est rémunérée 150 euros pour une journée entière.

Néanmoins, beaucoup de personnes dans la mode préfèrent le paiement en visibilité qui d’après Benedetta est

« la devise préférée de la mode … être vu sur un magazine réputé est plus important que payer son loyer.” 

 

 

Conclusion

 

La mode a donc de quoi surprendre par sa manière très particulière de voir les choses. C’est un vrai monde parallèle qui vit avec ses propres règles et ses codes. La semaine prochaine, nous verrons comment certains mannequins arrivent à sortir du lot et devenir des stars. Je vous donnerai également mon avis sur le livre 🙂  Pensiez-vous que le métier de bookeur était ainsi? N’hésitez pas à me faire part de vos réactions!  🙂 

 

 

Retrouvez les épisodes précédents

Enfer Fashion 1/4

Enfer Fashion 2/4

 

Vous aimerez aussi

8 astuces pour booster votre photogénie

Les secrets de Gisèle Bündchen 

 

Partager l'article :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *