Métier de Bookeur
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Enfer Fashion : Le livre choc sur le métier de bookeur (4/4)

Enfer Fashion de Benedetta Blancato, ancien bookeur au sein d’une grande agence est un livre rare et piquant sur les coulisses de la mode.

Nous avons vu dans les parties précédentes le rôle du bookeur, l’évolution de ce métier et pourquoi il est difficile. La semaine dernière, nous avons commencé à nous intéresser aux mannequins avec les critères, mais aussi leur quotidien. Cette semaine, nous allons parler succès. Qu’est-ce qui permet à un mannequin de sortir du lot? Je vous donnerai également mon avis sur le livre. 🙂 

 

 

La route vers le succès 

 

 

Un métier difficile d’accès 

 

Il y a beaucoup d’aspirantes, mais TRÈS peu d’élues pour pouvoir intégrer une agence et les critères sont très précis et parfois bien loin de l’idée que s’en fait le grand public. (voir article précédent)!!!!!

Selon Benedetta, il y avait tous les jours au moins 10 filles qui se présentaient à l’agence. Certaines d’entre elles étaient tenaces malgré la réponse négative. 

Si une mannequin correspond aux critères (très exigeants) de l’agence et arrive à signer un contrat. C’est formidable, mais il va falloir se démarquer. 

 

 

Se démarquer 

 

Le plus important pour un mannequin était d’avoir de la “personnalité” pour sortir du lot. On encourageait donc les mannequins à jouer les artistes, à dessiner sur un petit carnet…

Les mannequins débutantes devaient toutes changer quelque chose et notamment changer de look capillaire. 

“Les conséquences avaient peu d’importance vu que le cycle de vie d’un mannequin lambda était comparable à celui d’un petit insecte.”

Benedetta souligne les ravages sur les cheveux des mannequins par le métier :

“On reconnaissait ceux qui avaient passé le cap des six premiers mois dans le métier par des symptômes sans équivoque : leur cuir chevelu les démangeait, les fibres capillaires s’abîmaient jusqu’à ne laisser qu’une touffe molle sur le crâne, des cheveux fins comme des toiles d’araignée, de la consistance de ceux qu’on retrouve sur les oreillers dans les maisons de retraite. Malgré tout, les changements de chevelure étaient la base du métier (cela permettait de rendre une fille méconnaissable donc à nouveau intéressante pour les professionnels), et les tragédies capillaires une sorte de rite de passage.” 

Elle mentionne aussi l’importance d’Instagram notamment sur les défilés. Plus les mannequins ont de followers plus elles ont une chance de défiler. 

 

 

Le succès et amitié entre mannequin et bookeur 

 

Pour Benedetta, le succès d’un mannequin par rapport à un autre ne tient qu’au hasard. 

“Un spécimen quelconque passait ainsi du statut de boulet à celui de nouvelle star en un éclair, sa réussite restait foncièrement inexplicable, une sorte de mystère ultime de la mode : pourquoi cette fille, pourquoi maintenant? On n’en savait strictement rien.” 

Benedetta décide de garder mes distances et surtout de ne jamais s’adonner à l’empathie. 

“Il n’y a pas d’amitié possible dans le cadre d’un rapport monnayé”.

“Pour un mannequin, plaire à son bookeur était aussi la garantie qu’il allait penser à lui sur un prochain casting. Et pour un bookeur, avoir l’approbation de ses filles voulait dire compter sur une dot humaine qui allait le suivre dans une éventuelle transhumance vers une autre agence, lui permettant d’augmenter son pouvoir contractuel.” 

 

 

 

Stars et défilés 

 

La liste d’invités est très limitée et certaines personnes seraient prêtes à inventer n’importe quoi pour y participer. 

Les stars quant à elles, sont payées pour être sur les Front Row :

“Contre le désagrément de poser leur arrière-train pendant quelques minutes sur une banquette étriquée, ils empochent des enveloppes pouvant aller jusqu’à 100000 euros (pour des pointures comme Beyoncé ou Jennifer Aniston).” 

Un défilé peut aussi faire d’un mannequin une star : 

“La convention voulait qu’ouvrir un défilé soit une consécration, non seulement pour la fille à qui il était donné ce privilège, mais aussi pour son agence. D’un point de vue stratégique, c’était sur le podium que les alliances se montraient et que les agences étaient enfin glorifiées aux yeux de leurs pairs.” 

 

 

Les stars… sur une courte durée

 

Pour Benedetta, l’heure de gloire des mannequins ne dure pas très longtemps. Si certaines filles peuvent être extrêmement plébiscitées sur une saison, il est rare qu’elles bénéficient d’autant d’engouement la saison d’après c’est-à-dire quatre à six mois après. 

Une fille peut très bien avoir fait 71 shows une saison, et passer à 29 la saison suivante (4 mois après) puis 6 mois plus tard ne pas avoir décroché un seul défilé. 

Bendetta souligne que les filles qui acceptent de faire des showrooms à la place des shows peuvent enfin gagner correctement leur vie. (voir article précédent)

 

 

Les frais dus aux agences et la précarité 

 

Benedetta parle des frais engagés par les agences et des premières payes des mannequins. Il n’est pas rare que les premiers mois les mannequins bien qu’elles aient travaillé ne reçoivent aucun argent. 

Tout leur travail a servi à rembourser les frais divers de représentation engagés par les agences. 

Lorsqu’elles signent leur contrat, leur bookeur explique rarement ce que signifient les “avances de frais”. Ces avances sont en général très élevées. 

“frais du téléphone portable à ceux de la voiture pour l’aéroport ou des tickets de métro en passant par le loyer de l’appartement de Paris et l’argent de poche, les séances photos pour construire le book, l’impression des composites, les nouvelles fringues, les brushings, l’éventuel visa. Tout cela leur tombait dessus sans qu’elles le demandent spécialement, une sorte de crédit revolving qui ne nécessitait pas leur consentement : légalement, elles nous avaient confirmé qu’on était apte à les représenter et, par conséquent, à choisir à leur place ce dont elles avaient besoin.” 

Il faut donc plusieurs mois de travail pour effacer l’ardoise de dettes dues à l’agence. Toutes les agences fonctionnent ainsi, ce qui ne donne aucune alternative aux filles. 

Benedetta souligne qu’en France les mannequins ont le statut de salarié, mais que dans la pratique seulement une infime partie peut bénéficier de l’assurance chômage, toutes les autres n’ayant pas assez d’heures cumulées sur leurs différents contrats… 

 

 

 

Mon avis sur ce livre 

 

 

Lire ce livre ne fut pas simple

 

En effet, le ton employé par Benedetta tout au long du livre est mordant et on ressent toutes les blessures non guéries. Les mannequins apparaissent comme de pauvres filles. Benedetta les appelle “spécimen”. Cela en dit long sur la déshumanisation des mannequins aux yeux d’un bookeur et la frustration qui règne. Effectivement, d’après Benedetta, bookeur n’apparaît pas comme un métier épanouissant.

J’ai eu du mal à lire ce livre, car je sentais tout le dégoût et la frustration de l’auteur. Cependant,  j’ai persévéré, car je trouve qu’il est essentiel de se mettre à la place de ce que peut vivre un bookeur pour mieux comprendre. 

Il est important de souligner que chaque agence est différente, et que ce que décrit Benedetta est ce que peuvent vivre les personnes travaillant dans une agence de mode pour femmes. Je ne peux pas la contredire, car ce qu’elle dit je l’ai moi-même ressenti/vécu dans certaines agences de mode. 

 

 

Des propos à nuancer 

 

Néanmoins, je tiens à préciser que l’ambiance est beaucoup plus apaisée et “saine” dans les agences plus commerciales. Ces agences sont plus petites, mais un peu plus “humaines”. Et en ce qui concerne les agences qui ont des mannequins hommes, l’ambiance est elle aussi très différente. 

Les propos de Benedetta sont selon moi à nuancer. Elle décrit surtout ce qui peut se passer au sein des agences les plus prestigieuses pour femmes. Ces agences ont de très nombreux mannequins et gagnent beaucoup d’argent. 

Je pense que ce livre peut être intéressant à lire pour un mannequin ou une personne qui travaille déjà dans le milieu de la mode. En revanche, je le déconseille pour une personne complètement extérieure au milieu. Sauf si vous voulez vous en faire une image assez pessimiste et négative. 

Je trouve pour ma part qu’il y a de très belles choses à vivre et à expérimenter dans ce milieu. A condition de faire attention et de très bien s’entourer. Toute carrière ne vire pas au cauchemar ou au drame. Il y a aussi la possibilité d’avoir une carrière saine et heureuse. 😉

C’est pourquoi je souhaite aider tous les jeunes mannequins ou aspirants mannequins à avoir une belle expérience du merveilleux métier de mannequin. 

 

 

Retrouver les autres épisodes :

Enfer Fashion 1/4 

Enfer Fashion 2/4

Enfer Fashion 3/4 

 

Vous aimerez aussi : 

Mon challenge de 14 jours pour de beaux cheveux 

Que font les mannequins quand ils ne travaillent pas? 

 

 

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2 commentaires

  • Aude

    Merci pour cette serie de 4 articles. C’était très interessant d’avoir un autre point de vue d’une personne travaillant autour des mannequins. La vision présentée, la façon dont sont nommées les mannequins/futures mannequins n’est pas très rassurante. J’ai beaucoup apprécié que tu donnes ton propre avis et partage ton expérience sur les différents points relevés.

    • Nathalie R

      Merci pour ton commentaire. En effet, ces n’est pas rassurant du tout mais heureusement il y a aussi la possibilité de vivre le mannequin autrement! Dieu merci 🙂

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